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Ce que veulent les I.A.

Serveurs "Stargate" d'Open AI, Abilene, Texas, USA
Serveurs "Stargate" d'Open AI, Abilene, Texas, USA

À Abilene au cœur du Texas se construit un data-center immense bientôt rempli de puces informatiques destinées à faire tourner des modèles d’IA toujours plus performants, voraces et opaques. Stargate, voici le nom de l’infrastructure physique essentielle de l’économie de l’ombre. Si ce nom vous rappelle vaguement une série télé post-guerre froide faisant l’éloge de l’interventionnisme américain au Proche-Orient et d’une course aux armements technologiques avec d’autres civilisations où les protagonistes créent de nouveaux problèmes en voulant les résoudre… vous avez vu juste. J’appelle cela l’économie de l’ombre car derrière une paire de Ray-Ban Méta, les ombres projetées se multiplient : ombre matérielle —la “dématérialisation” est un mythe ; économique —la spéculation comme feuille de route ; ethnologique —changements comportementaux ; philosophique —les modèles de pensée qui animent les acteurs…


Mais l’ombre naît de la lumière. En l’occurrence, celle des projecteurs du marketing, dont la campagne efficace commence avec ce nom et cette promesse dignes des meilleurs vendeurs de lessive : “intelligence artificielle”.


Si vous avez lu jusqu’ici, c’est peut-être que le titre aguicheur vous a intrigué. Eh bien je vous révèle que les IA ne veulent rien. Tout d’abord parce que ce ne sont pas des intelligences mais des robots, et que les robots ne veulent rien. Rien d’autre que ce que veulent leurs auteurs.


Et que veulent-ils, eux ?

Les quelques sociopathes qui occupent (beaucoup trop) nos écrans et postes de radio, manquent peut-être d’accompagnement clinique et sans doute d’un peu plus d’amour paternel. En tous les cas, on ne peut pas leur reprocher de cacher leurs intentions, toutes plus convenues les unes que les autres : créer une AGI (IA Globale de type Big Brother orwellien), atteindre la singularité (ou “Singularité douce” comme le murmure Sam Altman de son abominable vocal fry), vouloir créer la vie (ou l’esprit comme le prétend Ray Kurzweil), ou mieux encore, devenir immortel (Peter Thiel et son corps digital), j’en passe et des meilleures.

Le transhumanisme est une pulsion adolescente qui devrait disparaître avec l’acné. Et quelques lectures essentielles.

Les contes prophylactiques, “cautionary tales” comme disent les anglo-saxons, ne manquent pas. “De combien d'avertissements avons-nous besoin ?” se demande Romain Gary dans un des articles compilés dans un petit Folio paru en mars, dédiés à l’écologie et paru originellement en anglais dans la revue Nature à peine 10 ans après Printemps Silencieux. Ces avertissements portent le nom d’Icare, Frankenstein, Babel...

  • Icare, fils de Dédale, chute inexorablement, lâché par la technique et précipité par son ambition et son manque d'anticipation.

  • Frankenstein, inspiré à Marie Shelley par l’histoire mythique du Rabin Loew, créateur du Golem de Prague, prêté à la vie pour défendre le ghetto mais devenu incontrôlable et rapidement voué à la destruction. D’ailleurs le mot “robot” viendrait du tchèque (“travailler”).

  • Babel, ville totale où tous parlent la même langue, “porte divine” (en akkadien), est détruite, les humains dispersés, car il est vain de vouloir toucher le ciel.


Donc que veulent les patrons de la tech ? —j’écris au masculin car je ne veux pas m’abaisser au freudisme mais enfin… À mon humble avis, ils ne veulent pas grand chose, à en juger par les phrases vides qu’on peut lire sur le blog de Sam Altman (vous constaterez que je n’aime pas beaucoup le bonhomme), qui prétend “élever l’humanité”, en toute simplicité… mais ne mesure que les gigawatts et les cours de bourse.


Non, lui comme ses comparses Larry Ellisson, Alex Karp, Dario Amodei, Elon Musk, Mark Zuckerberg et consorts se racontent des histoires qui font peur sous la tente en colonie de vacances. Il suffit de consulter ce que Pano Dime compile sur son compte instagram pour constater leur nihilisme pathétique et souvent contradictoire. La différence avec la colo, c’est qu’ils ont un cash burn démentiel et qu’ils deviennent milliardaires en moins de temps qu'il faut pour trouver l'émoji  🤿. Ils me rappellent le maître Fulovalacci, qui n’était pas peintre, mais “un fou un peu mystique”, doté d’une sorte de crédibilité.


Pour amasser leur fortune, ces nouveaux conquistadores sont prêts à détruire tout ce qui n’a pas de sens pour eux : 1. l’humanité (la créativité, le sens critique, la liberté, le lien social)… et 2. la biosphère (le reste du vivant).


Car j’en suis convaincu, le vivant les effraie, les dépasse, les menace. Donc la solution logique est de réduire le vivant au comptable, l’humanité au processeur et la Terre à l’ordinateur. Dénaturer, siliconer (!), voilà qui les rassure. Homme algorithmique, paysage mécanique.

Quand le monde ressemblera à un gigantesque processeur et l’homme à un robot humanoïde, ils s’estimeront heureux et s’endormiront enfin, le sentiment du devoir accompli, comme Dieu le septième jour.

D’ailleurs ces démiurges de série B, pour atteindre leur horizon cybernétique, désirent autant élever le robot à la ressemblance de l’homme, qu’abaisser l’homme à la condition de robot. Le simplifier pour le faire rentrer dans des ‘if’, des ‘and’ et des ‘else’, pauvre syntaxe.


Ces “imbéciles” bernanosiens veulent « Aller plus vite, par n’importe quel moyen. » Aller vite ? Mais aller où ?”. Bernanos répond simplement : vers la Guerre. Car leur fuite est une course. Course à la puissance de calcul. Course aux armements.

Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes — chacun de vous se fuit, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau… On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas, la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! — La France contre les Robots, Georges Bernanos, 1947

Car enfin disons-le clairement, c’est vers la guerre que nous dirigent les “imbéciles”, idiots utiles de la “civilisation des robots”. D’où l’importance capitale du Pape Léon XIV à “désarmer l’IA” dans son encyclique Magnifica Humanitas parue le jour de Pentecôte 2026. Ce texte profond et documenté (il cite Gandalf) est sans nul doute la réflexion la plus aboutie sur l’éthique informatique. Il s’appuie sur l’Évangile pour adapter la doctrine sociale de l’Église de Léon XIII, née lors de la précédente révolution industrielle, pour exhorter tout un chacun à préserver son Humanité et le Bien commun. Il invite, plutôt que de bâtir une Tour de Babel vouée à l’échec et au chaos, à relever ensemble et avec nos différences les murs d’une cité où voudrait habiter l’Amour (Dieu). Résonnent les mots de Saint Jean-Paul II lors de son appel de 1999 à "Édifier la civilisation de l'amour".


Le paysage est un choix


Pour éviter de faire trop long, je conclurai en présentant des œuvres d’artistes qui par leur pratique, leur sensibilité et leur vocabulaire esthétique, rendent l’humanité plus intelligente (la vraie !), nous relient fraternellement au reste de la Création et invitent à préserver nos communs pour les contempler encore longtemps et les transmettre aux générations futures.


Coral bleaching, Ana Brecevic
Coral bleaching, Ana Brecevic

Je pense évidemment aux artistes que j'ai eu l'honneur d'exposer au Grand Palais lors de ChangeNOW : la géniale Ana Brecevic qui donne vie au papier, l'insatiable Rachel Marks qui fait pousser des arbres-livres, Dorian Étienne et son "Pays'Âge" de la Pointe de Guilben, tapisserie collective, locale et bio-sourcée, témoignage d'un trait de côte, d'un état passager de ce coin de Bretagne qui fait face à l'île de Bréhat. valentine huyghues despointes et son bureau épave couvert de coraux de cuir upcyclé, Elsa MROZIEWICZ & Cécile PALUSINSKI et leur broderie forestière, Meg O'Hara et ses toiles paisibles de glaciers en danger, les rencontres sous-marines (et terrestres !) de Maxime Mergalet, les bactéries artistes de Lara Tabet, les tableaux processus d' Emma Piau, le piano cassette de Lorenzo Naccarato ou le chant des plantes de Rodolphe Macabéo.


Je pense aussi à la formidable Caroline Desnoëttes, exposée à partir d'octobre au Collège des Bernardins, qui invente des paysages abstraits et fluides sur lesquels chacun projette ses souvenirs et sensations. Ou encore Lélia Demoisy, virtuose du duramen et digne héritière de Penone, qui a décidé avec Descendance, de protéger des pousses d'arbre en leur donnant le statut d'œuvre d'art.


Déjouant les plans d'un système qui voudrait nous cultiver hors sol, ces artistes nous font ressentir la vie profonde dans notre chair et notre esprit. Ils offrent un terreau fertile à penser et à aimer, nous y attachent et nous y enracinent. Plantons-y des arbres et relevons les murs de notre maison commune.


Le chant du Xylème, Macabéo3. Une installation de céramique vibrant des paysages sonores du vivant inaudible
Le chant du Xylème, Macabéo3. Une installation de céramique vibrant des paysages sonores du vivant inaudible

 
 
 

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