Commissaire Art & Régénération
TOPOBIOGRAPHIE
La Société des Architectes, Marseille, 2026
À l'occasion de la première journée de la Carte organisée et coordonnée par l'IGN, j'ai eu le plaisir de recevoir un coup de fil de Jeanne Varaldi, artiste, designeuse, urbaniste et cartographe du sensible.
"Et si on exposait dans 1 mois à Marseille ? Avec un programme d'ateliers pour des associations locales ?"
Comme je m'entoure de fadas adorant relever des défis, ça a été une partie de plaisir.
Résultat : une très jolie expo capsule au Syndicat des Architectes, avenue du Prado, et 5 ateliers pour des professionnels, visiteurs et une association de migrants guinéens. En 3 jours, près de 150 personnes ont pu admirer les cartes brodées, dessinées et gravées de Jeanne Varaldi.
“Pour l'enfant amoureux de cartes et d’estampes l'univers est égal à son vaste appétit.” Baudelaire, le Voyage, les fleurs du mal, 1857.
Nul être humain ne saura jamais représenter le monde dans son exactitude. En matière de cartographie la vérité n’existe pas. Des points tracés dans la grotte de Lascaux il y a presque 20 000 ans, au Google Earth contemporain, en passant par le portulan Renaissance ou les globes célestes, Homo sapiens est avant tout un Homo perditus, condamné à inventer ses repères, par l’observation du proche et du lointain. Tout comme le trait de côte qui s’allonge à mesure qu’on le mesure de près, Baudelaire étend l’univers à l’appétit qu’on en a. Et bien souvent, les cartes ouvrent l’appétit.

L’artiste Jeanne Varaldi a étudié à l’École Urbaine de Sciences Po Paris, mais sa pratique artistique déborde les frontières académiques. Elle couvre les murs de tracés de rues qui peuplent sa mémoire, dans des architectures nouvelles avec “1 immeuble, 1 œuvre”, dans la salle du conseil d’administration de l’IGN, jusqu’aux murs de sa propre maison. Ses mappemondes envahissent le monde et se déploient aussi en broderie sur des mouchoirs ou ciselées au laser sur des plaques d’inox.

Dans un monde cerné par les crises, plongé dans le “brouillard de guerre”, où l’on distingue peu la lumière des phares dans l’obscurantisme, Jeanne Varaldi élabore et partage des cartes sensibles, intimes et collectives, qui nous rappellent que “nul homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble” (John Donne, Méditations,1624).
Les cartes les plus humaines ne dessinent-elles pas moins les espaces qu’on habite que les liens qui nous lient ?
Ronan de la Croix
